Chaque année, des milliers de voyageurs tapent la même requête dans leur moteur de recherche : existe-t-il un bateau entre l'île Maurice et la Réunion, une sorte de ferry qui permettrait d'éviter l'avion ? La réponse tient en une phrase, et elle va casser le mythe tout de suite : non, aucune liaison maritime régulière et commerciale ne relie les deux îles, ni en ferry, ni en NGV, ni en cargo mixte accessible aux civils. Ce qui existe réellement, ce sont trois alternatives concrètes : la croisière de luxe, le catamaran privé avec skipper, et l'avion, qui reste de loin l'option la plus rapide et la moins chère. La suite de cet article détaille pourquoi ce ferry n'a jamais vu le jour, malgré des décennies de projets annoncés, et comment naviguer quand même entre les Mascareignes si l'expérience maritime vous tente vraiment.
Existe-t-il un ferry entre la Réunion et Maurice ? Le verdict
Le verdict en une phrase : aucune liaison maritime régulière
Il n'existe, à ce jour, aucune ligne de ferry passagers exploitée commercialement entre le port de la Pointe des Galets à la Réunion et celui de Port-Louis à Maurice. Pas de billet à réserver en ligne, pas de compagnie officielle, pas de rotation hebdomadaire. Si vous avez trouvé une page qui semble l'affirmer, elle décrit soit un projet abandonné, soit une offre de croisière ponctuelle, soit une confusion pure et simple.
Les 230 kilomètres qui séparent les deux îles paraissent pourtant ridicules sur une carte, à peine plus que la distance Paris-Lyon. C'est justement ce paradoxe qui alimente la recherche : la proximité géographique laisse croire à une évidence logistique qui n'existe pas dans les faits.
Ce qui pourrait changer la donne dans les prochaines années
Des études de faisabilité reviennent régulièrement sur la table, portées par la Commission de l'Océan Indien, qui réunit la Réunion, Maurice, Madagascar, les Comores et les Seychelles. Aucune n'a jamais débouché sur une exploitation pérenne. À l'horizon 2026, aucun calendrier officiel de lancement n'est annoncé, et rien ne permet d'anticiper un changement à court terme.
Les facteurs qui pourraient théoriquement faire bouger la situation : une baisse durable du prix du carburant maritime, une subvention publique conjointe entre les deux gouvernements, ou l'arrivée d'un armateur régional prêt à accepter une rentabilité faible en échange d'un ancrage touristique. Aucun de ces trois leviers n'est activé aujourd'hui.
Pourquoi le ferry classique n'a jamais vu le jour : obstacles météorologiques, économiques et logistiques
La météo du canal : houle, cyclones et alizés qui rendent une ligne régulière imprévisible
Le bras de mer entre les deux îles n'a rien d'un plan d'eau tranquille. La zone est balayée par les alizés du sud-est une bonne partie de l'année, avec une houle qui dépasse fréquemment 2 à 3 mètres. De décembre à avril, la saison cyclonique ajoute une instabilité totale : un navire qui doit garantir un horaire fixe ne peut pas composer avec des annulations à répétition.
Un ferry classique, contrairement à un avion, ne peut pas simplement décoller cinq minutes plus tard pour éviter une perturbation. Il doit encaisser la houle en pleine mer pendant plusieurs heures, ce qui pose un vrai problème de confort passager et de sécurité, surtout avec un navire de type NGV pensé pour des eaux plus calmes.
L'échec du projet J19 Ferry, et le silence qui a suivi
Le cas le plus emblématique reste celui du J19 Ferry, un projet de navire à grande vitesse qui devait relier la Réunion, Maurice et Madagascar au début des années 2000. L'aventure a tourné court, entre problèmes de financement, incertitudes sur la rentabilité et difficultés techniques du navire lui-même à tenir la mer sur cette route précise. Aucune communication officielle n'a jamais détaillé publiquement l'ensemble des raisons de l'arrêt, ce qui a nourri le flou qui persiste encore aujourd'hui dans les recherches en ligne.
Depuis cet échec, aucun armateur sérieux n'a retenté l'expérience sous forme de ligne régulière. Les rares tentatives évoquées dans la presse locale sont restées à l'état d'annonce, sans jamais atteindre la phase d'exploitation commerciale.
Le mur économique : une rentabilité impossible face à l'avion
Voici le nœud du problème, et il est purement comptable. Un vol Réunion-Maurice dure 45 minutes et coûte entre 200 et 300 €. Un ferry, même performant, mettrait plusieurs heures à parcourir la même distance, avec des coûts d'exploitation nettement supérieurs :
- Carburant : un NGV consomme énormément sur une traversée en haute mer agitée, bien plus qu'un avion sur un trajet aussi court.
- Taxes portuaires : les frais d'escale dans les deux ports sont élevés et s'appliquent à chaque rotation, contrairement à un avion qui amortit son coût sur un volume de passagers bien supérieur.
- Entretien du navire : un bateau exposé quotidiennement à une mer formée s'use plus vite, ce qui alourdit les coûts de maintenance sur le long terme.
- Concurrence aérienne directe : avec des vols quotidiens et abordables, aucun armateur ne peut espérer remplir un ferry à un tarif compétitif.
Résultat : même avec une subvention initiale, aucune structure privée n'a réussi à démontrer un modèle économique viable sur cette ligne précise.
L'avion : l'option dominante, et il faut le dire clairement
Soyons honnêtes : pour 95 % des voyageurs qui se posent la question du bateau, la vraie réponse pratique reste l'avion. La liaison entre l'aéroport Roland Garros (RUN) et l'aéroport International Sir Seewoosagur Ramgoolam (MRU) est assurée quotidiennement par plusieurs compagnies :
- Air Austral, la compagnie historique, avec le plus grand nombre de rotations hebdomadaires.
- Air Mauritius, qui opère également la ligne avec une fréquence élevée.
- Corsairfly, présente de façon plus ponctuelle selon les saisons.
Comptez entre 200 et 300 € l'aller-retour en réservant quelques semaines à l'avance, un billet d'avion Corsair figurant souvent parmi les plus abordables, et une durée de vol de 45 minutes seulement. C'est l'option à privilégier si votre objectif est simplement de vous déplacer d'une île à l'autre, sans intention particulière de vivre une expérience maritime.
Les croisières : une traversée maritime de luxe en 1 à 2 jours
Costa Croisières et MSC : des escales, pas des lignes régulières
Costa Croisières et MSC Croisières intègrent parfois la Réunion et Maurice dans leurs itinéraires saisonniers dans l'océan Indien, généralement entre novembre et avril. Attention : il ne s'agit jamais d'une ligne de transport point à point, mais d'un itinéraire complet de plusieurs escales, souvent couplé à Madagascar ou aux Seychelles.
Concrètement, cela signifie que vous ne pouvez pas simplement acheter un billet Réunion-Maurice sur ces navires : vous réservez une croisière entière de 7 à 10 jours, dont la traversée entre les deux îles n'est qu'une portion du voyage, avec l'obligation de présenter à chaque escale une preuve de sortie du territoire (billet retour, passeport, visa).
Le budget réel d'une croisière : à partir de 850 €
Le tarif d'entrée pour ce type de croisière tourne autour de 850 € par personne en cabine intérieure, tout compris (pension complète, animations, accès aux espaces communs). Ce prix grimpe rapidement avec une cabine avec balcon ou un forfait boissons, pour atteindre facilement 1 500 à 2 000 € sur une formule plus confortable.
C'est une option à considérer uniquement si l'idée d'une croisière en elle-même vous séduit, avec ses spectacles du soir, ses buffets et son ambiance de paquebot. Pour qui cherche juste à traverser, le rapport temps-prix est très défavorable comparé à l'avion.
Le catamaran privé : pour les vrais navigateurs
Trajet, durée et distance : 230 km en 14 à 18 heures
C'est la seule option qui ressemble vraiment à une "traversée en bateau" au sens propre. La distance entre la Réunion et Maurice représente environ 230 kilomètres, parcourus en 14 à 18 heures selon les conditions de vent, sur un catamaran de croisière loué avec équipage.
Le départ se fait généralement depuis le port de Saint-Gilles-les-Bains ou de la Pointe des Galets, pour une arrivée côté Maurice à Grand-Baie ou au Caudan Waterfront de Port-Louis, d'où il est ensuite simple de prendre le bus pour rejoindre votre hébergement, selon les autorisations du moment.
Skipper obligatoire, budget réel et faune marine à observer
Naviguer sur cette route n'est pas une option pour amateurs. La traversée exige un skipper professionnel certifié, capable de gérer les conditions changeantes du canal et les formalités d'entrée dans les eaux mauriciennes. Louer un catamaran entier avec skipper pour cette traversée coûte entre 1 500 et 2 500 €, un montant qui se répartit idéalement sur un groupe de 6 à 10 personnes pour rester raisonnable.
Ce qui fait la vraie valeur de cette option, au-delà du transport : la possibilité d'observer des dauphins et, en bonne saison, des baleines à bosse qui migrent dans ce couloir maritime entre juillet et octobre. C'est une expérience à part entière, pas un simple transfert, et il faut l'aborder avec cet état d'esprit, en acceptant un risque réel d'annulation ou de report en cas de météo dégradée.
Foire Aux Questions
Peut-on voyager à bord d'un cargo ou d'un navire de fret entre la Réunion et Maurice ?
Non, les navires de fret comme ceux de CMA CGM ou MSC Fret n'acceptent plus de passagers civils depuis plusieurs années, pour des raisons d'assurance et de réglementation maritime internationale. Seuls les membres d'équipage professionnels montent à bord. Aucune dérogation touristique n'existe sur cette route.
Qu'est-ce que le "Black Rhino" ou le transbordeur mentionné par certains sites de comparaison ?
Ce nom cité par des comparateurs comme Rome2Rio ne correspond à aucune offre commerciale active et vérifiable. Il s'agit probablement d'une confusion avec un ancien projet abandonné ou un navire de fret local sans vocation passagers. Ne réservez jamais rien sur cette seule mention.
Quelles formalités douanières prévoir pour une traversée en catamaran privé ?
Un passage en douane reste obligatoire aux deux extrémités, avec passeport valide et déclaration à l'arrivée au port mauricien. Le skipper professionnel gère généralement les formalités administratives auprès des autorités portuaires. Prévoyez une pièce d'identité valable au moins six mois après la date de retour.
Le mal de mer est-il fréquent sur cette traversée maritime ?
Oui, le mal de mer touche fréquemment les passagers sur ces 14 à 18 heures de navigation, à cause de la houle régulière du canal. Un traitement préventif pris la veille limite nettement les symptômes. Les personnes sensibles devraient privilégier la croisière, plus stable, ou tout simplement l'avion.
Quelle est la meilleure période pour envisager une traversée en catamaran ?
La période idéale se situe entre mai et novembre, hors saison cyclonique, quand les alizés restent modérés. Juillet à octobre ajoute un vrai bonus : c'est la saison des baleines à bosse, visibles depuis le pont pendant toute la traversée entre les deux îles.
Une traversée en bateau est-elle réellement plus écologique qu'un vol entre les deux îles ?
Oui, catamaran et croisière émettent moins de CO2 par passager qu'un vol court-courrier, mais l'impact reste marginal à l'échelle globale du trafic. Faute d'offre régulière, mieux vaut se renseigner précisément sur les vraies options de bateau île maurice réunion ferry alternatives avant de réserver quoi que ce soit.
